jeudi 25 mars 2010

The Prestige de Christoper Nolan




Depuis quelques décennies, le cinéma tente par tous les moyens mis à sa disposition pour échapper aux règles, aux conventions qu’on y a apporté, imposé. Un bon exemple reste sans aucun doute Jean-Luc Godard et La Nouvelle-vague en France au début des années 60. En effet, ils ont su avec de nouvelles techniques, et de nouvelles règles, renversé le cinéma dit classique. Depuis quelques années, le cinéma vit un renouveau par rapport à sa narratologie. On y tente effectivement d’impliquer le spectateur, de lui faire vivre des émotions, mais surtout de le déjouer et d’y faire remarquer à quel point le cinéma en est le meilleur médium pour créer des illusions, des tromperies. Pour son cinquième film, le réalisateur Christopher Nolan dirige The prestige tiré du roman du même nom de Christopher Priest, qui renverse les conventions narratologique en racontant une histoire non-linéaire. Cette fois-ci, il implique bel et bien le spectateur dans une histoire labyrinthique, parsemée d’indices qui nous dévoilent quelques secrets sans toutefois en dévoiler. Comme un bon magicien de la pellicule, Nolan arrive encore à surprendre son auditeur par le biais de procédés purement cinématographique, mais aussi par le biais de thèmes récurrents dans ses autres films tel que l’obsession, le double et la manipulation et bien sûr l’illusion; thème propre à la magie.

L’obsessive obsession de l’obsession
Nolan est un réalisateur obsédé. Obsédé par le médium lui-même qu’est le cinéma, mais aussi par les histoires et la façon de les raconter. Le film The prestige n’a rien de nouveau dans sa déconstruction du récit, le spectateur usant de sa logique pour reconstruire le film tel qu’il aurait été dans la vraie vie, c’est-à-dire dans sa linéarité. Quentin Tarantino est un de ces cinéastes à avoir inventé ce genre (ou plutôt le remettre au goût du jour, car cette façon de raconter une histoire au cinéma existait avant ça. On n’a qu’à penser à Rashomon de Kurosawa ou bien encore à certains films de Godard) avec des films tels que Reservoirs dogs ou bien encore Pulp fiction en 1994. Si le twist final a beaucoup d’importance dans certains films (comme par exemple The sixth sense de Shyamalan ou Saw de James Wan), il en est moins ici car le film en son entier est construit sous forme de twist, une autre façon obsessionnel de tendre un piège aux spectateurs et de le mener dans un endroit ou il ne s’attendait pas. Nolan renverse aussi le scénario néo-classique américain tel que beaucoup de films le respecte à la lettre. Ici, le spectateur doute des intentions de chaque personnages. L’un devenant le bien, l’autre le mal et vice-versa. Il n’y a pas de rôles assignés pour chacun. Les deux sont héros et méchants en même temps, avec sensiblement la même quête, la même destinée. Autre obsession du réalisateur : déstabilisé la structure habituelle, dérouté son public.

Bien entendu, tout commencement à un début. Cette règle, Nolan ne la respecte pas tout à fait. Le récit commence à un endroit précis de l’histoire pour que le spectateur soit au courant qu’il y est question d’un meurtre. L’énigme ici est de savoir comment ce meurtre s’est produit. Quelles ont été les intentions du meurtrier envers sa victime? Nolan s’intéresse ici au spectateur avant tout. Comme un magicien, il manipule le spectateur en nous donnant des illusions, des fausses pistes, et tout ça d’une manière cinématographique. Il utilise souvent la répétition d’une même scène avec d’autres petits détails qui vont se concrétiser au fil du film, pour faire ressortir une vérité, mais aussi pour garder ce mystère, ce suspense. Au moyen de flash back, il donne des informations et tente encore une fois pas la suite d’induire en erreur le spectateur au moyen de petits détails qui paraissent anodine, mais qui en font l’importance même du film (comme par exemple le journal que lit les deux personnages est en fait un des points centraux du film, un détail quand même négligé, mais très important). La répétition de même phrase ou de même image tout au long du métrage sont aussi très fréquentes. Par exemple la phrase Are you watching closely, ou bien l’image de la multiplication des chapeaux sont des éléments primordiaux du film. Le début et la fin du film font évidemment une boucle, les scènes étant entremêlées. Le début reste tout aussi important que la fin. L’auteur André Gardies dans son livre Le récit filmique parle que le début des films constitue un moment particulièrement important. Il continue en disant qu’ il amorce ce qui sera développer, mais surtout il confirme le régime narratif apporté, la règle du jeu. Ce jeu que Gardies nous parle, Nolan l’insère dans son film dès les premières image en avertissant le public de regarder de près ce qui va se produire devant ses yeux, tout comme un spectacle de magie peut s’accomplir. Le reste du film allant dans ce sens : suivre les règles du jeu. Car Nolan prend ses spectateurs pour des joueurs et lui, mène le bal.

L’obsession est le point central chez Nolan pour aussi la construction de ses récits. Les personnages principaux de ses autres films sont tous des êtres possédés, rongés par leurs démons intérieur. Ils possèdent tous une personnalité trouble qui va révéler au cours du film leurs mauvais penchants. Ici pas de manichéisme simpliste, mais des personnages torturés par leur passé. Par exemple dans Memento (réalisé en 2000), Leonard, un policier, se retrouve amnésique après une bataille et deviens obsédé par son ancienne vie, et par ce que les autres lui ont fait. Dans Insomnia (2002), le policier joué par Al Pacino se retrouve pour enquêter sur le meurtre d’une adolescente, mais tue accidentellement son coéquipier en poursuivant le meurtrier. Dans Batman Begins (2005), Bruce Wayne est obsédé par le meurtre de ses parents survenu quelques années plus tôt alors qu’il y a été témoin. Sa peur des chauves-souris (qui est aussi une autre obsession) va le révéler au grand jour comme un super héros, les obsessions et la peur étant les fonctions motrices de ses actes.

Dans The prestige réalisé un an après la relecture du mythe de Batman, les deux personnages principaux (Robert Angier joué par Hugh Jackman et Alfred Borden joué par Christian Bale), se rivalisent dans le cadre de leur spectacle de magie. Les deux personnages sont obsédés par leur métier, allant même jusqu’à sacrifier leur femme, famille ou bien encore une partie de leur vie pour parvenir à leurs fins. Créer le plus grand tour de magie qui soit. Une des phrase dites dans le film résume bien ce propos : Faire des sacrifices, c’est le prix à payer pour un bon tour. Le scientifique Tesla (interprété par David Bowie) a voué sa vie à la science tout comme la magie pour les deux autres hommes. Tesla avertit Angier que les obsessions ne mènent à rien. Il le met en garde que s’il construit la machine, cela pourrait lui mener sa perte. Peu importe pour Angier, il veut cette machine infernale. Il ne pourrait avoir la conscience tranquille si son obsession n’est pas rassasié. Cela le conduisant évidemment à sa triste perte…

Double manipulation
La manipulation et le double font aussi partie du métrage. En effet, les deux protagonistes sont des manipulateurs (tout magicien l’est en quelque sorte). Ils manipulent les gens assis dans la salle, tout comme Nolan le fait avec les spectateurs. Autant dans les images qu’ils nous présente que dans la façon de le raconter.
Le thème du double, et de la multiplication, sont aussi présents. D’un côté narratif, les histoires des magiciens s’imbriquent les unes dans les autres. On voit les tours de l’un et de l’autre, leurs vies, et aussi ce qui les fascinent toutes les deux dans ce domaine. Le côté narration est aussi complexe. En effet, tout au long du métrage les deux magiciens, par le biais des deux journaux, relatent par la voix-off ce qui est écrit pour que les spectateurs puisse comprendre. Le personnage de Cutter (joué par Micheal Caine) est aussi un narrateur que l’on entend au début et à la toute fin du récit (donc il boucle la boucle). C’est ce dernier qui nous explique ce qu’est exactement la magie, soit la règle des trois : le pacte, l’effet et le prestige. Dans le livre Le récit filmique , l’auteur fait un lien avec ce que le sémiologue Roland Barthes disait pour distinguer le narrateur, l’auteur et la personne : qui parle (dans le récit) n’est pas qui est (dans la vie) et qui écrit n’est pas qui est. Cette règle s’applique à merveille dans ce cas-ci. Les deux narrateurs sont intra-diégétique, c’est-à-dire à l’intérieur du récit. L’auteur est le réalisateur du film, donc n’a pas le droit de parole. Le film revient souvent sur le thème du double et de la multiplication. Par exemple, Cutter engage un sosie de Angier pour tromper les spectateurs lors d’un tour de magie qui reprend le même tour que Bolden. Il y a la machine à transporter l’homme qui est aussi une machine à doubler et même multiplier à l’infini (voir la scène des chapeaux multiplié). Le dernier exemple est la découverte du frère jumeau de Bolden. Nous allons découvrir ce frère lors de cette scène du tour de magie de l’homme transporté avec les portes qui s’ouvrent, mais en ne sachant pas que celui-ci est son frère. Cet aspect du double est ici très intéressant. Tout au long du film l’identité du frère est caché au public, et aux personnages du film. Ce qui donne une intrigue de plus. En effet la fin du film se base sur ce twist final pour en mettre plein la vue aux spectateurs dévoilant encore la puissance du médium qu’est le cinéma pour cacher certains éléments et les dévoiler au grand jour (il va s’en dire que ce twist fait référence au prestige, dernière étape d’un tour de magie, et dernier moment du film, le climax). Bolden possède un frère jumeau et celui-ci se cache sous l’identité de Fallon, l’homme à tout faire, son assistant. Mais ceci se complexe car les deux frère vivent la moitié de la vie de l’autre (leurs rôles peuvent s’inter changer n’importe quand). L’un est obsédé par la magie, l’autre est amoureux de sa femme. La magie va courir à la perte de l’un d’eux; l’autre va gagner sa fille, sa vie. L’ultime sacrifice pour réussir le coup de leur vie. Une deuxième vision, et même une troisième, prouvent à quel point le double et la multiplication sont importants pour en comprendre le sens premier que le réalisateur a voulu faire comprendre à son public.

L’art d’être magicien, l’illusion à son meilleur
Le film se construit sur l’illusion. Les magiciens se livrent une guerre sans merci pour trouver la meilleure illusion pour tromper leur public (le public assis dans la salle de spectacle, et nous spectateur interne de l’histoire), mais aussi pour tromper l’autre magicien, le rival. C’est ainsi que le réalisateur construit son film. Il nous fait découvrir un univers basé sur l’illusion, univers premier du magicien, du prestidigitateur.

The prestige contient aussi une très belle métaphore sur le cinéma. Se passant à l’époque des grandes révolutions scientifiques au 19e siècle, le scientifique Tesla invente une machine à transporter l’homme, une machine à illusion. En inventant le cinématographe, les frères Lumière, et autres scientifiques ayant contribué, inventèrent aussi une machine à illusion. Une machine qui nous fait voir une succession d’images qui peuvent créer des histoires, faire voir la vie d’une autre façon. Ils étaient considérés comme des magiciens et leurs soirées de présentation de leurs tours de magie se passait bien évidemment dans les même salles de spectacle que les illusionnistes et prestidigitateur. Nolan n’hésite pas à rendre un hommage à ces personnes qui contribuèrent à l’avancement de cette invention, invention qui est maintenant rendu à l’endroit précis aujourd’hui; c’est-à-dire une des inventions les plus importantes du 20e siècles.




Christopher Nolan est donc un des nouveaux cinéastes à surveiller de très près. Il explore divers genre avec toujours la même intention de jouer avec le spectateur, faire progresser le cinéma dans une nouvelle façon de voir le médium, tant au niveau narratologique qu’au niveau visuel. Sa vision de voir le cinéma diffère des autres réalisateur, il a un style classique, mais révolutionnaire dans la façon de faire ses films. Il apporte un vent de fraîcheur pour les cinéastes-auteur qui veulent conquérir le tout Hollywood. The prestige constitue un point culminant dans sa carrière faisant de ce récit un film aux rebondissements spectaculaire. Comme le reste de sa filmographie, il explore les thèmes de l’obsession, du double et de l’illusion d’un point de vue de deux magiciens en guerre pour avoir le meilleur tour. Nolan est tout aussi obsédé de réussir son meilleur tour, son meilleur film. Nolan serait donc lui aussi un obsédé du cinoche prêt à tout pour créer des illusions à l’aide de sa caméra. Jusqu’à maintenant, il a sans aucun doute réussit à manipuler son public, du moins jusqu’au prochain…

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