mercredi 24 mars 2010

cinéaste du passé au présent




Depuis le début des années 90, le cinéma offre une nouvelle culture des images que le septième art n’avait pas auparavant. En effet, l’arrivée de nouveaux cinéastes tels que Quentin Tarantino, Roger Avary et Robert Rodriguez, offrent aux spectateurs des films débordants d’images de cruauté, de violence, de sexe, et tout ça à un rythme si effarant qu’il en perd presque le spectateur. Des films avec des images iconoclaste, nostalgique, qui nous font revivre le passé. D’autres cinéastes, qui avaient déjà quelques faits quelques films plus classique, ont contribués à ce nouveau type de film dont Tony Scott avec True romance en 1993 et Oliver Stone avec Naturel born killers en 1994, tous deux écrits par Tarantino lui même. Stone, cinéaste ayant commencé dans les années 80, offre quelque chose de nouveau dans son œuvre, un cinéma plus axé sur le présent que sur le passé, thème de prédilection chez lui. Le passé a cependant une place importante dans le sein du film Natural born killers. Effectivement, il reprend, comme dans beaucoup de ses films, des images du passé qui ont bouleversé le monde occidental pour lui en donner un tout autre sens, un tout autre but. Il récupère aussi certains codes et techniques cinématographiques tout en étant actuel au monde qui l’entoure. Cinéaste du passé, mais aussi du présent (surtout dans ce dernier), Stone plonge le spectateur dans l’enfer de deux tueurs sanguinaire appelé Mickey et Mallory.



Le passé documenté
La plupart des films d’Oliver Stone porte sur le passé. Il a une manière maniaque de la recherche documentaire. On n’a qu’à penser à des films comme JFK qui relate l’enquête sur la mort de John Fitzgerald Kennedy par le procureur de la couronne de la Nouvelles-Orleans, Jim Garrisson, ou bien sa trilogie sur la guerre du Vietnam comprenant Platoon, Born of the 4th of july et son dernier Heaven and earth. Il aime aussi présenter la vie d’un personnage public ayant marqué l’histoire des États-Unis tel que Nixon, The doors ou bien encore son dernier sur la vie de George W. Bush, W. Plus récemment, il réalisa également des drames historiques tels
qu’ Alexander et World trade center. Sa méthode est très simple : essayer de représenter le réel selon des méthodes techniques propres à lui, telles le mélange du documentaire (passé documenté) et la fiction. Il tente aussi de réinventer les codes cinématographiques qui existent déjà depuis plus de cent ans (on y reviendra plus tard). Dans Natural born killers, le cinéaste donne à son film un mélange de documentaire et de fiction d’une manière moins commune que dans ses autres films. D’un côté, il y a deux tueurs qui effraie l’Amérique entière, d’un autre une émission de télévision appelé American maniacs qui raconte la vie, de façon documentée, et le périple de ses deux tueurs. L’appel aux médias est un thème prédominant du film. Les médias sont considérés comme un spectacle pour le spectateur moyen avide de sensations fortes. Elles permettent cependant de revenir sur le passé des personnages, de raconter son histoire à eux spectateurs de l’émission, mais aussi à nous spectateur du film. Les spectateurs dans la diégèse n’ont donc pas le même point de vue que nous. Dans le chaos total, Stone mélange les techniques qui lui sont offert lorsque le spectateur, qui est nous, ne peux plus faire la différence entre la caméra du film et la caméra de l’émission documentaire American maniacs. C’est le cas à la toute fin du film lorsque l’animateur Wayne Gale (interprété par Robert Downey Jr) prend la caméra qui sert de tournage à son émission pour suivre les protagonistes dans leur massacre. Stone se sert de cette mise en abîme pour y insérer des plans de cette caméra et ainsi brouiller le spectateur. Les images appartient-il aux images du film ou du documentaire? La question est posée, la réponse supposée.

Images du passée
Stone réinvente la façon documentaire de construire ses films. Dans JFK, les dix premières minutes sont éloquentes. En voix-off, on nous raconte en bref la vie et l’arrivé au pouvoir de JFK durant sa campagne au début des années soixante, jusqu’à son assassinat en 1963. On nous montre des images d’archives soudainement mélangé avec des images fictionnel pour faire avancer le récit. Le spectateur ne peut désormais plus savoir à quoi appartient la fiction du documentaire. Dans Natural born killers, on nous montre également des images documentaire avec des images fictionnel. Notamment dans la scène de l’intro dans le restaurant. Le plan commence sur une télévision projetant des images en noir et blanc. La serveuse change fréquemment de canal, ce qui nous permet de se situer dans quelle époque nous nous trouvons. Ces images montrent notamment des images de films, mais surtout ce qui est le plus important, une image de Richard Nixon en plein discours. Le spectateur se dit donc que l’histoire se passe dans les années soixante-dix. Et bien c’est faux, il se passe bel et bien dans les années quatre-vingt dix. Ces images d’archives servent à faire un lien avec le passée, que le monde n’aurait pas été le même si ces visages n’auraient pas fait la une des journaux et de la télévision. Cette mise en scène, ou plutôt mise en image, est très symptomatique du film. En fait, elles sont le propre miroir que sont les personnages de Mickey et Mallory. Ces images ne sont pas seulement présenté par la télévision elle-même, mais aussi par fondu enchaîné, image subliminale, superposée et projection en transparence à même dans le film. Elles sont le symbole même de l’univers des protagonistes, elles y ont été transmises . Ils ont grandit avec ces images montrant par exemple Hitler et Staline au pouvoir, ou bien encore le tueur en série Charles Manson. Les médias ont donc eux-mêmes créer ces monstres, ces tueurs-né (d’ou le titre du film). La scène de la chambre d’hôtel représente parfaitement la représentation des images. Le couple est confortablement dans une chambre d’hôtel. Dans la pièce, une télévision et une fenêtre expose des images de toutes sortes. On y voit des images de films (notamment ceux de Midnight express et de Scarface, tous deux scénarisé par Stone, ou Wild bunch de Sam Peckinpah ), des images de la deuxième guerre mondiale, des d’animaux dans leur états sauvages, etc. Cette mise en image est la représentation métaphorique du mentale des personnages. Sans la vision de ces images, nos tueurs en séries ne seraient probablement pas les mêmes. Stone invente donc une nouvelle série d’images relatant le passé qui revient à la toute fin du film alors que cette fois-ci elles sont bel et bien tirées du présent. Au lieu d’être noir et blanc, elles sont en couleurs. Par exemple, on y voit O.J.Simpsons, une pub de coca-cola, une femme qui fait du patinage artistique, une maison en feu, etc. Il boucle la boucle en disant que la télévision va toujours nous montrer des images qui vont germer dans notre esprit et ainsi nous influencer sur nos gestes et nos comportements. Donc Natural born killers appartient beaucoup plus à une période contemporaine qui questionne des sujets d’actualités tout en étant conscient d’un passé. Le présent est cependant bien plus présent.

Cinéma du présent
Au contraire des films cité plus haut, Natural born killers, et d’autres films comme Talk radio, Any given sunday et Wall street, appartiennent à ce qu’on pourrait appelé le « cinéma du présent » chez Stone. En effet, Stone expérimente dans Natural born killers de nouveaux procédés rarement vu au cinéma. De nouvelles façons de voir le cinéma naissent avec ce film, notamment avec le montage, les prises de vues (et par le fait même les mouvements de caméra), mais surtout avec cette manière hyper-moderne de présenter, et de déformer une orgie d’images en une histoire somme toutes très présente dans notre société, les tueurs en série.

André Bazin, célèbre théoricien des années quarante, amena le concept du plan, du cadrage, du regard, du hors-champ, etc. Or, depuis tout ce temps, le cinéma a changé, évolué et remis en question ces procédés si bien défendu par le théoricien. Dans le film de Stone, tous ces procédés sont déformés pour offrir au spectateur des sensations fortes, une nouvelle façon de voir le médium. Des sensations qui nous projettent directement dans leur monde, leur environnement, leur cerveau. On s’attache à eux, et on est censé les aimer, même si moralement leurs gestes sont monstrueux, voire impossible à concevoir. Divers procédés sont ainsi fais pour entrer directement dans leur monde. En premier lieu, Stone invente un rythme à l’image et au montage en alternant les images de couleurs à noir et blanc. Dans le livre Oliver Stone de Michel Cieutat et Viviane Thill, Stone lui-même dit de ce procédé :

« J’étais motivé non pas logiquement mais par le choix de me situer à l’intérieur des cerveaux des deux tueurs. Je voulais créer une certaine imprévisibilité, donner une qualité quasi-hallucinatoire à leur comportement. C’est ce qui arrive quand vous allez dans un sens puis dans l’autre, de la couleur au noir et blanc et vice-versa si rapidement(…) En passant vite du noir et
blanc à la couleur, vous pouvez obtenir plus de choses de l’un comme de l’autre. »

Effectivement, le noir et blanc nous fait entrer dans la peau du ou des personnages, mais on est aussi entraîné au même rythme qu’eux dans leur quête meurtrière et sanglante. Par exemple, dans la scène de l’émeute lorsque Mickey s’évade à son tour, l’alternance entre les plans couleurs et noir et blanc prennent tout leur sens. Nous avons donc des gardes de prisons armés jusqu’aux dents, des gens de la télévision et finalement, Mickey. Une musique enfantine commence la séquence de la blague de Mickey, probablement pour endormir le personnel. Le prisonnier raconte sa blague. Tous les plans le voyant sont en noir et blanc, et les scène du personnel en couleur. Une alternance des reaction shot provoqué par le personnel sont ainsi en couleur. Lorsque l’on passe de la blague à la séquence de bataille, l’ordre n’a plus d’importance. La musique passe de la musique enfantine à du rock et l’alternance des plans changent (le personnel sont en noir et blanc, Mickey en couleur, etc). L'organisation des couleurs n’a maintenant plus la même signification, c’est le chaos total.

Autre procédé récurent dans le film de Stone, le changement de couleurs. Tout comme le noir et blanc, le changement de couleur aide à créer un rythme, mais aussi à créer des sentiments et à annoncer que des évènements vont se produirent. Par exemple le vert fluo apparaît très souvent dans le film, soit par le changement de filtre ou tout simplement par un objets dans le champ de vision de la caméra. Le vert fluo représente certainement la couleur du serpent, symbole signifiant la violence, la mort, le danger. Au tout début du film, et représenté dans maintes séquences, on voit l’image du serpent. Nos deux tourtereaux sont le symbole du danger pour l’Amérique entière, ils tuent comme ça, sans prévenir. Ils sont donc la représentation humaine d’un serpent. Ils se font même mordre par ce reptile, signe d’arrêt du carnage. Les scènes qui annoncent ce carnage sont symbolisés par cette couleur. En effet, cela annonce qu’un meurtre va se produire. Par exemple, dans la scène du restaurant au début du film, la tarte au citron et le jukebox sont vert fluo, ou bien encore la scène du Drug zone en est l’exemple parfait puisque l’éclairage vert est utilisé de l’ouverture à la fermeture de la séquence. Cette couleur symbolise aussi le poison qu’ils ont en eux depuis leur enfance, ce goût de tuer, qu’ils vont recracher bien sûr quand le serpent à sonnette va les mordre. Malheureusement, le poison va seulement les ralentir. Leur violence recommencera de plus belle lors de l’émeute dans la prison lorsqu’une des scènes est aussi d’ambiance verdâtre. Ils sont né tueurs, ils ne peuvent échapper à leur destin.

Montage ou démontage?
Une façon très révolutionnaire de Stone de changer le cours de l’histoire du cinéma est probablement le montage qu’il fait dans Natural Born killers. En effet, le film comporte plus de trois milles plans, ce qui est en fait énorme pour un film qui dure un peu moins de deux heures.
Ce tourbillons d’images, comme on l’a déjà dit plus haut, symbolise littéralement la folie des meurtriers, comment ils pensent. Dans son article Les tueurs de l’image, le critique Thierry Jousse dit que

« le (dé)montage furieux du film de Oliver Stone, c’est l’exhibition d’une impossibilité, celle de mettre de l’ordre dans ces visions. Tout va trop vite, tout arrive de partout, rien n’est plus vraiment contrôlable »

Il est intéressant ici de réfléchir aux propos de Jousse lorsqu’il dit le mot « (dé)montage ». Effectivement peut-on parler ici de montage? Ou même peut-on parler de plan? Stone invente avec ce film un démontage d’images qui démontre à quel point justement, il n’y a pas vraiment d’ordre dans le film. Les images vont à une telle vitesse que le spectateur, au même titre que les personnages, se croient dans un autre monde. La temporalité (qui comprend l’ordre, la fréquence et le temps) joue un rôle primordiale. La fréquence d’une image ou d’une scène est souvent répétée comme par exemple l’image du démon plein de sang, thème important dans le film, qui est un leitmotiv dans le montage.. Elle joue le rôle d’illustrer au spectateur que les deux personnages sont le démon incarné. L’image apparaît souvent dans le film en sublimation, c’est-à-dire qu’elle passe en une fraction de seconde. Elle passe si vite que le spectateur n’a pas vraiment le temps de la voir. Elle prend tout son sens lors du flash-back ou l’on voit le père de Mickey se suicider. L’image apparaît à quelques reprises, ce qui signifie que son père l’était aussi. C’est pour cette raison que Mickey est né tueurs, cela est génétique.

Tout comme la Nouvelle-Vague française (dont il est un grand fan), il s’approprie quelques règles de montage et les transforment à son bon escient. Par exemple, il fait beaucoup de ralentie, d’accéléré, de coupes franches (jump cut), d’ellipses, de champ-contre-champ. Il favorise aussi les gros plans, comme dans beaucoup de ses films dont Platoon, Wall street et talk radio. Ils lui permettent, comme il dit dans l’essai Oliver Stone de Michel Cieutat , de raconter des histoires. Nul doute que dans celui-ci, les gros plans servent littéralement à entrer dans le personnage (notamment dans la scène de voiture lorsque les deux protagonistes sont poursuivies par une patrouille de police. La caméra se promène de visage en visage. La longue focale utilisé par le cinéaste permet une courte profondeur de champ, ce qui permet au visage d’accaparer le champ au grand complet). Le ralentie lui permet de mettre de l’emphase sur une action, et parfois pour la rendre encore plus grotesque, plus exagérée. En titre d’exemple, la scène d’introduction au restaurant fourmille de ces idées. Mickey tire une balle sur une dame. La caméra suit la balle en gros plan au ralentie qui se dirige vers elle, sur un air de musique d’opéra. Le ralentie permet donc de mettre de l’emphase sur des choses que l’on voit rarement l’action. Quelques secondes plus tard, la même mécanique est répétée, mais cette fois-ci avec un couteau qui traverse une vitre et atterrit dans le dos de la victime.

Que des images
Une des grandes qualités du film de Stone, et qui le place directement dans les films contemporains, est cette façons de mélanger les images, les icônes. Il mixte pleins de styles d’image, de façons de filmer ou de raconter son histoire. Jousse dans son article dit que

« C’est une culture qui repose sur un immense réservoir d’images, de signes, de fétiches, d’objets à disposition de tout un chacun, comme dans un hypermarché, une mémoire informatique, un video-store, une chaîne de télé interactive. »

Ce « réservoir » fait partie de l’hyper-modernité au cinéma. Le fait de mixer des séries d’images ensemble et de prendre différents médium pour les présenter est tout à fait nouveau. Par exemple, pour illustrer le sang qui coule lors du mariage de Mickey et Mallory, Stone emploie le dessins animé, très près du manga, très populaire au Japon depuis les années quatre-vingt (Tarantino repris la même idée dans son diptyque Kill Bill). Il utilise aussi à quelques moments la caméra super 8 ou super 16. Cela donne un certain grain à l’image et un certain rythme entre les images en couleurs et noir et blanc. Il utilise la télévision, le médium, mais aussi la l’objet en tant que tel, comme leitmotiv visuel pour faire appel aux médias de toute sortes. Lors d’un flash-back, la scène est tournée comme un sitcom, c’est-à-dire une émission enregistré devant le public. Le cinéaste tourne en dérision ce genre de programme télévisuel, très populaire au Etats-Unis. Il fait aussi des références à la publicité de Coca-cola avec les ours polaire, pub très populaire et connu mondialement, aux westerns avec ses longs plans du désert, aux films de prisons dans la deuxième partie du film. Il fait aussi un clin d’œil à Bonnie and Clyde d’Arthur Penn pour la cavale des deux protagoniste dans l’Amérique rurale. Il est donc clair que Stone reprend des images déjà connue et les détournent à son profit, façon hyper-moderne de raconter une histoire.

Pour conclure, nous avons vus que Natural born killers d’Oliver Stone, bien qu’il ait des moments nostalgique rappelant le passé, appartient bel et bien à une représentation du présent par le biais de la mise en scène, du montage et des autres procédés remarquables rappelant les thèmes récurrents de la filmographie de Stone avec ses angoisse, ses peurs, ses craintes d’une Amérique en crise. Cela va bien sûr de son premier au dernier film, soit du film d’horreur The hand en 1981 à celui beaucoup plus politisé, W, sortit en 2008. Les années 90 ont été marquées par tous ces cinéastes qui conçurent une nouvelle façon de voir le cinéma avec des images fabriquées, déformées, créées pour cette culture de la génération du vidéo-clip, du jeu vidéo et de l’informatique. Les images vont à une telle vitesse que même en 2008, on se demande si le film ferait partie d’un certain « après-cinéma ». Car on ne sort pas indemne de cet enfer, plutôt on n’en sort jamais. Voilà sans aucun doute ce qu’est l’ « après-cinéma »…

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